TUNRAZ RAMPALL – LE TRAVAILLEUR SOCIAL ENGAGÉ

TUNRAZ RAMPALL – LE TRAVAILLEUR SOCIAL ENGAGÉ

Pour « Rampall » comme tous l’appellent, c’est clair, ce n’est pas lui qui a choisi l’agriculture mais c’est l’agriculture qui l’a choisi. Il vit cela comme un réel engagement à l’image de tout ce qu’il accomplit dans sa vie. « Ce métier demande une grande patience et une lutte de tous les jours », nous raconte le militant qui plante le décor d’entrée de jeu.

À tout juste 60 ans, Tunraz se remémore avoir grandi dans les plantations. Depuis son grand-père, puis son père, aider dans la plantation a toujours fait partie de son quotidien depuis l’âge de 5 ans. À l’époque, les familles sont nombreuses : la génération de son grand-père comptait 11 enfants, celle de son père 8 : de quoi faire une bonne main d‘œuvre au sein même de la famille. Lorsqu’il atteint l’âge d’aller étudier, il poursuit ses études tertiaires en Inde en étudiant la botanique, biologie et zoologie. Après sa licence, son père décède, les moyens manquent et Tunraz rentre à Maurice pour commencer à travailler afin d’aider la famille.

Il commence sa carrière dans le textile « knitwear » pour aider un ami et y restera dix ans. Il emploie beaucoup de jeunes de l’endroit et se créer une certaine popularité. Tunraz aime les gens. L’agriculture ne tarde pas à le rattraper. Marié et père de 2 filles, il recherche plus d’indépendance et souhaite se mettre à son compte. Il se voit offrir des postes intéressants au FAREI notamment mais l’électron libre ne se voit pas dans un poste de fonctionnaire qui est loin de correspondre à sa personnalité.

Tunraz ne se contente pas d’être agriculteur à son compte. C’est un travailleur social actif dans sa région. Occupant plusieurs postes bénévoles, Tunraz a à cœur d’aider les jeunes du quartier à sortir de l’alcool et la drogue, il crée un club de sport, facilite le transport et les équipements pour les matchs, s’occupe du centre communautaire de La Marie, en leur donnant des occupations, s’occupe de la trésorerie de la coopérative qu’ils montent entre amis. La politique devient une évidence, il se présente aux municipales et siège au sein de l’opposition pour défendre ses causes durant quelques années.

Aujourd’hui Tunraz comprend les rouages du système et soutient que ce n’est qu’en ayant un comité public-privé que les gouvernements successifs arriveront à créer quelque chose de durable. Il pense qu’il faut qu’il y ait une charte qui règlemente les prix des légumes selon les saisons afin que certains maillons de la chaine alimentaire arrêtent de faire la pluie et le beau temps à leur guise. Il maintient que c’est au détriment des consommateurs et c’est pourquoi, il continue à faire une certaine politique.

Tunraz constate que les nouvelles générations de consommateurs consomment différemment et que ça va en faveur de l’agriculture raisonnée. « Ils sont de plus en plus conscients et sauront valoriser cette nouvelle façon de produire ». Il décrit également les travailleurs qui sont de plus en plus difficiles à trouver et à garder sur les plantations. « Nous ne pouvons nous projeter si on n’a pas une équipe sur qui compter ». Il pense employer des Bangladeshis dans un proche avenir au sein de la coopérative. Ils pourront, à ce moment, mieux planifier.

Tunraz s’intéresse aux méthodes palliatives, il est conscient qu’on doit s’occuper de notre sol pour qu’il soit fertile sur le long terme. Il nous parle de pollinisation et de méthodes avant-gardistes qu’il a vu à l’étranger ou on cultive à la verticale.

Tunraz est spécialisé dans la production des semences. Il produit aussi de l’ail et de l’oignon en ‘nursery’.

Aujourd’hui, il se rend compte qu’avec ses deux filles étudiant respectivement le droit et le xxx, la relève ne sera pas assurée dans l’agriculture mais il aura donné le choix à ces dernières de réussir leur vie.

« L’agriculture est une denrée primordiale. Il s’agit de l’alimentation, on ne pourra jamais nous en passer. Ce ne sera jamais un luxe. Il faut un meilleur équilibre et une meilleure planification du secteur ». L’agriculture est un dur métier mais c’est un métier noble qu’il nous faut faire perdurer. Chaque année, une nouvelle cuvée de jeunes diplômés sortent de l’université mais on en retrouve très peu sur le terrain. «  Où sont-ils ? Vont-ils tous travailler dans les bureaux, ce n’est pas ma définition de l’agriculture », nous confie cet homme de terrain.

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